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Chypre (suite), ou ce qui arrive quand on refuse la solidarité à travers l’UE

J’expliquais avant-hier pourquoi l’accord imposé par l’UE (en réalité : par l’Allemagne et la Finlande) était mauvais, immoral et stupide. En substance, le refus de ces deux pays de fournir à Chypre 6 milliards d’euros, un montant mineur comparé à la taille de leur économie, risquait de relancer la crise européenne.

En d’autres termes, par un égoïsme électoral et un court-termisme criminels, l’Allemagne et la Finlande voulaient subitement imposer le « chacun pour soi » à travers l’UE, et tant pis pour les conséquences.

Eh bien Chypre vient de leur montrer ce qui se passe quand on ne réfléchit pas aux conséquences : le parlement vient de rejeter l’accord de l’UE, et le ministre des finances s’est envolé pour Moscou, afin de demander l’assistance de la Russie.

Rien n’est encore joué à ce stade, mais on voit bien qu’en essayant d’éviter un aléa moral (càd renflouer Chypre, alors que les problèmes de ce pays sont liés à son statut de paradis fiscal), l’Allemagne a ouvert la possibilité que l’UE se délite peu à peu — que ses États-membres les plus faibles s’en aillent, les uns après les autres, puisqu’aucune aide ne leur sera apportée sans y attacher des conditions inacceptables. Il y a des limites au « bullying » que l’Allemagne peut imposer aux autres États, tout comme il y a des limites aux comportements de « passagers clandestins » de certains de ses membres (le déficit budggtaire grec, le paradis fiscal chypriote, la trop faible fiscalité de l’Irlande, l’absence de réforme en Italie et en France, etc.).

C’est pour cela qu’il est urgent, véritablement urgent aujourd’hui de poser un nouveau pacte européen. Un pacte fédéral, qui donne le droit à Bruxelles d’imposer des réformes, mais pas sans contrôle démocratique : la politique de l’UE ne doit pas se décider à Berlin. Elle doit se décider dans des instances élues par l’ensemble des citoyens de l’Union, c’est-à-dire, aujourd’hui, le Parlement Européen, et certainement pas le Conseil.

Qui aura le courage de s’y atteler ?

Les termes du « sauvetage » de Chypre sont un véritable scandale

Les mots me manquent pour dire à quel point le plan de « sauvetage » imposé par l’UE à Chypre ce week-end est mauvais, stupide et immoral.

Chypre avait besoin de 16 à 17 milliards d’euros pour se renflouer : une paille, en comparaison des 13.000 milliards d’euros de richesse (PIB) créée chaque année par l’Eurozone.

Mais le gouvernement allemand, échaudé par le précédent grec (et sans doute aux abois, à l’approche des élections, en septembre), refusait que l’UE contribue plus de 10 milliards d’euros.

En conséquence, Chypre va donc prélever les 6 milliards qui lui manquent encore sur…

…les dépôts des épargnants chypriotes.

Un prélèvement de 6,75% sera imposé sur les comptes de moins de 100.000 euros, augmentant à 9,9% pour les comptes de plus de 100.000 euros.

Cette décision est non seulement un choc, elle est aussi d’une bêtise et d’une immoralité stupéfiantes.

C’est un choc, parce que depuis 2008 et la faillite de Lehman Brothers, l’UE avait décidé de protéger les dépôts, au moins jusqu’à 50.000 euros et plus généralement jusqu’à 100.000. L’intention était double : 

  • D’une part, éviter une panique bancaire — càd que les épargnants craignent que leur banque fasse faillite et donc se précipitent pour retirer leur argent, ce qui généralement a pour conséquence de vider les caisses de la banque et donc, de la contraindre à la faillite, même si elle était en bonne santé jusque-là.
  • Par ailleurs, confirmer la hiérarchie des créanciers de la banque : en cas de faillite, les petits épargnants devaient être remboursés les premiers.

L’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne, Chypre… Tous les pays de l’UE avaient relevé leur plafond de garantie des dépôts à 100.000 euros, tous en même temps. Ce n’était peut-être pas rendu obligatoire par l’UE (le Conseil de l’Europe avait préconisé 50.000 euros seulement), mais cette action de concert montrait bien qu’il s’agissait d’une volonté pan-européenne, un préambule à une garantie fédérale des dépôts à travers l’Union.

Eh bien garantie fédérale, vous pouvez l’oublier. L’action de l’Allemagne ce week-end vient d’anéantir des années d’efforts pour rassurer les épargnants sur la santé du système bancaire européen. À l’avenir, qui sait ce qui arrivera lorsqu’il faudra renflouer un autre État, par exemple l’Espagne, l’Italie… ou même la France ? Chypre vient de créer un précédent : les dépôts ne sont plus garantis, et si vous êtes un épargnant dans un pays fragile, vous avez tout intérêt à retirer votre argent le plus vite possible, tout de suite.

C’est une décision d’un égoïsme et d’une stupidité incroyables. Alors que cela ne fait que quelques mois que la crise européenne s’était calmée — et ce, uniquement grâce à la BCE — l’Allemagne prend le risque d’attiser les flammes et de relancer la panique.

Personne ne s’attendait à une telle décision : les épargnants chypriotes sont pris de court, et les marchés financiers la semaine dernière étaient encore prêts à financer l’Italie et l’Espagne à des taux nettement plus avantageux que l’an dernier. Ceci, je le crains, est terminé.

C’est enfin une décision d’une immoralité incroyable. Certes, une grande part de l’argent déposé à Chypre provient de sources peu claires, notamment en Grèce et en Russie. Personne n’ira pleurer sur le sort de ces déposants. Mais ces personnes sont probablement des investisseurs sophistiqués, qui ont plus de chances d’avoir anticipé cette razzia sur les dépôts (et retiré leur argent en avance) que les petits épargnants. Le Financial Times expliquait ainsi ce matin qu’environ 1 à 1,5 milliard d’euros avait probablement été retiré par ces personnes depuis la fin février.

Par ailleurs, qui dit investisseurs sophistiqués dit investissements. Le prélèvement ne concerne que les dépôts en liquide, et pas les autres actifs. Or il est plus que probable que ces investisseurs ne conservent qu’une faible portion de leur argent sous forme de dépôts, et que tout le reste est placé en actions, obligations et autres classes d’actifs qui ne sont pas concernés par le prélèvement. Le taux de 9,9% qui leur est appliqué se traduira donc par un taux bien plus faible sur l’ensemble de leur fortune placée à Chypre. Si seulement 10% de leur argent est en liquide, ce n’est pas 9,9% mais 0,99% qu’ils paieront.

À l’inverse, pour les petits épargnants, les dépôts sont très certainement la majorité de leurs actifs. Le taux de 6,75% est donc effectivement nettement supérieur à celui payé par les plus grandes fortunes.

Enfin on peut se demander qui, parmi les ménages et les entreprises normales, conserverait un grand matelas de liquidité chez sa banque, plutôt que de l’investir. Et la réponse est : probablement des personnes qui étaient sur le point d’investir. Des foyers qui viennent de vendre leur maison et s’apprêtaient à en acheter une nouvelle (et bon courage pour trouver un prêt alors que les banques sont au bord de la faillite !). Des petites entreprises en train de réaliser un projet, et qui doivent conserver l’acompte des clients dans un compte bloqué, tant que la livraison n’est pas effectuée.

Toutes ces personnes vont être pénalisées par ce raid sur les dépôts, et cela va porter un coup rude à l’économie chypriote.

Ce plan de « sauvetage » de Chypre est un véritable scandale, et les dirigeants allemands (Wolfgang Schauble) et finlandais qui l’ont imposé devraient être immédiatement tenus responsables.

La Grèce et la faillite de la volonté politique

Et donc une nouvelle fois, la Grèce traîne des pieds pour appliquer les réformes demandées par le FMI, notamment le licenciement de 7000 fonctionnaires cette année. On pourrait se dire que le FMI est « encore en train d’appliquer des recettes ultra-libérales », afin de « détricoter le tissu social », etc.

La vérité est bien évidemment plus nuancée. Le problème fondamental de la Grèce, c’est l’évasion fiscale. Selon certaines estimations, celle-ci pourrait atteindre près de 10% du PIB. Si ces impôts étaient perçus, le pays n’aurait plus besoin de faire la moindre coupe. En fait, il pourrait même accroître ses services.

L’Allemagne avait été tellement choquée de découvrir ceci l’an dernier qu’elle avait menacé, pardon, proposé d’envoyer 160 percepteurs. Athènes a bien évidemment adoré cette gentille intention, qu’elle a immédiatement comparée à la Gestapo.

C’est le problème qui se pose au FMI et à l’UE lorsqu’elles discutent avec Athènes : il est très difficile à une puissance étrangère de trop pousser sur un terrain aussi délicat que la fiscalité. Mais force est de constater que le patient grec traîne lui aussi beaucoup des pieds.

L’article du Financial Times que je mentionnais au début de ce post expliquait ainsi qu’à la fin de l’année dernière, pour faire des « économies », le gouvernement grec a décidé de fermer 100 bureaux régionaux du Trésor Public, soit un tiers du total. On peut concevoir que ce soit une décision facile à prendre pour le gouvernement, puisque personne n’a jamais manifesté pour protester contre le licenciement de percepteurs (au contraire des professeurs ou des infirmères). Mais dans un pays qui a tant de mal à toucher des impôts, c’est se tirer une balle dans le pied. Même s’il y avait trop de percepteurs au niveau national, ces licenciements n’étaient certainement pas une priorité.

Et ce n’est qu’un des multiples incidents qui ont égrené cette crise grecque. Par exemple, depuis 2010, le FMI a mis à la disposition du gouvernement grec une liste de 1991 suspects de fraude fiscale (la fameuse « Liste Lagarde »). Le gouvernement s’est empressé de… la perdre.

Et il y a encore pire. Lors de l’affaire des percepteurs allemands, certains responsables du Trésor public grec ont expliqué que ce dont ils manquaient vraiment, ce n’était pas d’agents mais d’ordinateurs.

Soit. Mais apparemment, même lorsque les ressources sont mises à sa disposition, le gouvernement n’agit pas. En creusant un peu, on peut ainsi tomber sur l’histoire de cet informaticien, engagé en 2009 pour améliorer la collecte. Il a immédiatement trouvé des centaines de milliers de cas de fraude fiscale potentielle…

Et le gouvernement n’a rien fait.

En 2011, l’informaticien a démissionné, et est redevenu professeur.

Moralité ? C’est que la volonté politique est tout aussi importante qu’un programme économique. En l’occurrence, l’incapacité des gouvernements qui se succèdent à mettre en place des réformes un tant soit peu réfléchies drague le pays encore plus profondément dans la crise, et pousse les électeurs vers les mirages des extrêmes.

Le sale petit secret des voitures électriques

Excellent point de vue dans le Wall Street Journal aujourd’hui:

« Lorsqu’une voiture électrique sort de l’usine, elle a déjà causé l’émission de 13,6 tonnes de CO2. Montant pour une voiture classique: 6,4 tonnes. »

À cela, il faut ajouter le carbone émis pour produire l’électricité qui chargera la voiture, et les déperditions sur les lignes.

Même après avoir effectué 150.000km, et en supposant qu’elle n’ait utilisé que des énergies renouvelables, une voiture électrique n’aura produit que 25% moins d’émissions qu’une voiture classique.

L’auteur invite donc à redoubler d’efforts pour trouver de véritables solutions au réchauffement climatique. La voiture électrique n’est pas la panacée qu’on veut nous faire croire.

De la fiscalité confiscatoire et de l’incapacité du gouvernement à comprendre l’économie moderne

Dans Le Monde, Bernard Charlès, le directeur général de Dassault Systèmes révèle que pour payer ses impôts sur ses stock-options l’an dernier, il a été forcé de vendre davantage d’actions qu’il n’en a récolté.

On pourrait penser, bassement, « pauvre riche ». Mais ce serait faire une grave erreur.

D’abord parce que, comme M. Charlès l’explique d’ailleurs très bien dans l’article, les stock-options sont une bonne chose et méritent de faire partie de la rémunération de tout employé. Il est loin derrière nous, le temps où les patrons détenaient la totalité du capital et les employés n’avaient d’autre solution que de se taire ou de faire grève. Aujourd’hui, non seulement la plupart des gens disposent d’économies souvent non négligeables, et peuvent facilement les utiliser pour acheter des actions de la société où ils travaillent, mais de plus la plupart des dirigeants de grandes entreprises ne détiennent pas la majorité du capital. Il n’y a guère qu’en France où l’on oppose encore Capital et Travail, comme au temps de Germinal (et ce, sans doute parce que l’État a fait main-basse sur l’épargne-retraite du pays en 1944).

Attribuer des actions (directement, ou par l’intermédiaire de stock-options) aux salariés, c’est non seulement récompenser leurs efforts, mais aussi les intéresser au bon fonctionnement de leur entreprise, et leur donner une voix dans sa direction.

Pour tout gouvernement qui se prétend de gauche et moderne, ceci devrait être bien compris comme une bonne chose, un développement qu’il faut favoriser au lieu de le matraquer fiscalement.

L’absurdité ne s’arrête pas là. Car aux Ressources Humaines d’une société comme Dassault Systèmes, on a désormais trois possibilités:

  • Soit l’on fait comme le gouvernement le souhaite, et on arrête tout bonnement de distribuer bonus et stock-options. Dans ce cas, on prend le risque que les meilleurs employés s’en aillent, quittent le pays et partent à la concurrence.
  • Soit on déplace ses meilleurs employés à l’étranger, là où la fiscalité est moins forte. C’est ce que Dassault a commencé à faire. Encore une fois, dommage pour la France (et ses recettes fiscales : comme toujours, trop d’impôt tue l’impôt, et la croissance, et l’emploi).
  • Soit enfin — et c’est là que cela devient carrément pervers — on augmente les bonus chaque année davantage, afin que les employés soient satisfaits de ce qu’ils perçoivent après impôt.

Cette dernière solution est évidemment une course en avant: il faut chaque année accroître les bonus pour compenser la fiscalité de l’année précédente. Et par conséquent, l’entreprise se retrouve à payer ses meilleurs salariés de plus en plus cher. Pour s’adapter, dans un premier temps elle va supprimer les bonus de ses employés moins méritants. Puis elle va les licencier. Et dans un dernier temps, elle va couler, incapable de tenir la course avec ses concurrents.

C’est donc une faillite à petit feu à laquelle nous condamne le manque de vision et le passéisme du gouvernement Hollande.

Mais, après tout, on s’en doutait. Souvenez-vous, c’était il y a quinze ans, en 1997-98 : après quatre ans d’inaction de droite, l’économie française était en lambeaux et le nouveau gouvernement socialiste décidait qu’on n’arriverait jamais à se débarasser du chômage — alors autant le partager entre tous. Ainsi naissaient les 35 heures.

Pendant ce temps, outre-Atlantique, l’émergence d’Internet créait un boom aux États-Unis, et faisait naître des entreprises aujourd’hui mondialement connues comme Google, Amazon ou Ebay. Ces entreprises (ou leurs concurrentes) auraient pu naître en France. Elles auraient pu créer des emplois et de la richesse ici.

Mais non. Le gouvernement assumé son choix du lent déclin et de la nullité, et quinze ans plus tard, il recommence.

Ce n’est pas « pauvre riche ». C’est « pauvre France ». 

 

Montebourg, ministre du déclin industriel

Après les fiascos Arcelor et Titan, Arnaud Montebourg est confronté à un nouvel échec : personne ne reprendra la raffinerie Petroplus.

C’est loin d’être une surprise.

Au niveau mondial, il y a actuellement un très large excédent de capacités de raffinage, ce qui empêche quiconque hormis les entreprises les plus efficaces de faire le moindre profit.

Pour corser le tout, un grand nombre de pays subventionnent leurs raffineries locales lorsqu’elles font des pertes (c’est-à-dire tout le temps). En d’autres termes, il existe au niveau mondial un certain nombre de raffineries « zombies », qui continuent à fonctionner à perte, vendant leur production en-dessous de leur coût de production. Impossible donc de rivaliser par des prix plus bas.

Impossible également de rivaliser grâce à la technologie : il s’agit de processus chimiques et physiques extrêmement simples et connus depuis des décennies voire des siècles.

 

Tout ce que vous pouvez faire, c’est rivaliser par les coûts, et notamment ceux des installations (en d’autres termes: ne pas être trop regardant sur la pollution) et les salaires. Dans les deux cas, c’est impossible dans un pays comme la France.

Tout ceci, Arnaud Montebourg aurait pu le savoir s’il avait fait un minimum de recherche sur l’industrie du raffinage. Il aurait donc conclu qu’il n’y avait aucune chance qu’un repreneur arrive, sauf quitte à lui fournir de généreuses subventions (qui n’ont aucune raison d’exister, surtout compte tenu de l’état des finances publiques). Il se serait par conséquent attelé à trouver comment recaser les salariés de Petroplus, plutôt que de perdre du temps avec ces acheteurs égyptiens.

Ah, mais pardon, pour cela aussi il aurait dû faire un peu de recherche sur l’économie moderne, et sur les secteurs qui bougent, au niveau mondial.

Bizarrement, je doute que cela arrive.

Mais ne vous inquiétez pas, vos impôts sont bien utilisés, l’Etat veille sur vous, l’État comprend tout.

Ayrault : « Pour un nouveau modèle français »… ou pour que le modèle français s’étende à l’Europe ?

Le Premier Ministre publie aujourd’hui une tribune dans Le Monde, détaillant son programme pour les six mois à venir. Déjà, c’est un événement suffisamment rare pour le noter : d’ordinaire, les PM s’abstiennent de faire trop de bruit, surtout hors période de cohabitation. C’est dire un peu la panique qui règne à Matignon et à l’Elysée, alors que les sondages continuent de s’effondrer (seulement 35% et 37% d’opinions favorables pour MM. Hollande et Ayrault à la mi-décembre).

Comme le veut le genre, le papier est un classique de langue de bois sous des abords d’élan lyrique. Après un bref rappel de la situation actuelle (pas brillante), M. Ayrault fait une vague référence dédaigneuse aux politiques proposées par les autres partis, qu’il schématise comme soit renier l’héritage de la Révolution Française (comme si la liberté ne faisait pas partie de la Déclaration des Droits de l’Homme…), soit faire un Grand Bond en Arrière.

Puis il explique qu’en gros, il va tout faire pour que rien n’ait besoin de changer. Un indice pour vérifier la mollesse de ce programme : comptez le nombre de « mais » dans le texte.

Un passage particulièrement éclairant :

Oui, les Etats européens doivent s’entendre sur des règles sociales et fiscales communes, et mener une politique de croissance à l’échelle du continent : le président de la République et le gouvernement s’y emploient.

En clair : le gouvernement aimerait bien que tous les autres pays augmentent leurs impôts (les « règles fiscales communes »), dépensent davantage (la « politique de croissance ») et rendent leur droit du travail moins flexible (les règles sociales communes), parce qu’ainsi tout le monde serait moins compétitif et la France n’aurait pas besoin de se réformer.

C’est évidemment absurde :comme le faisait remarquer Wolfgang Schauble (Ministre des Finances allemand) il y a quelques années, quand le Bayern Munich gagne la Coupe d’Europe, aucun autre club ne vient réclamer qu’on attache les pieds de ses joueurs pour qu’ils soient moins forts. Le sport, l’économie, la vie, ce ne sont pas des loteries mais des compétitions, et c’est comme ça.

Qui plus est, les autres gouvernements européens ne sont pas responsables devant MM. Ayrault et Hollande, mais devant leurs propres électeurs. Si le Premier Ministre n’est pas content, il peut aller tenter de faire campagne dans les pays concernés, et voir s’il a du succès.

Ou alors, plus simplement, il pourrait balayer devant chez lui.

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Il y a quand même le germe d’un embryon de réalisme dans la tribune de M. Ayrault, qui finira peut-être par l’amener à accepter le vent de la réforme (s’il n’est pas éjecté avant, ce qui est malheureusement probable).

…la dépense publique a perdu de son efficacité : elle est passée en cinq ans de 52 à plus de 56 % de la richesse nationale, sans que notre niveau de vie ait progressé. L’endettement affaiblit notre souveraineté en nous soumettant aux exigences des marchés financiers, il reporte une charge insupportable sur les générations futures, et il nous prive de moyens…

56%, c’est désormais davantage que la moyenne des pays scandinaves, que nos économistes regardaient autrefois comme un cas étrange, le dernier point d’eau avant le désert soviétique (et encore aujourd’hui, les seuls États qui contrôlent plus de 60% de leur économie sont soit faillis, comme le Zimbabwe, soit communistes et quasi-faillis, comme la Corée du Nord ou Cuba). À l’époque (il y 10-15 ans !), l’État français était encore en dessous des 50%.

Mais voilà : d’un côté, ni Mitterrand, ni Chirac, ni Sarkozy, ni désormais Hollande n’ont véritablement cherché à diminuer le poids de l’État, alors que pendant ce temps — et c’est M. Ayrault qui le note :

N’oublions pas non plus que d’autres pays s’en sortent mieux que nous : les pays scandinaves et l’Allemagne ont surendre leur appareil économique plus performant.

Eh oui. Et c’est donc à eux que vous voulez demander de faire machine arrière, M. Ayrault ?

Langue de bois et creux pompeux. Comme toujours, la vérité est ailleurs.

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